Non l’agriculture française n’est pas en déclin.

Je réagis à une information réductrice et provocatrice qui circule sur le net. Notre agriculture irait si mal que notre traditionnel sandwich jambon-beurre serait dorénavant en grande partie importé et non plus issu de la production agricole française. (« 51% du jambon et 47% du beurre consommés aujourd’hui en France sont importés… »)

Qu’en est-il de la production agricole en France ? est-elle en train de sombrer ? NON

La France reste le premier producteur agricole de l’Europe. Elle conserve une production agricole de valeur élevée, mais la croissance en volume est limitée. Les exportations restent dominées par les vins, spiritueux et produits laitiers. Les importations de produits agricoles et agroalimentaires ont augmenté plus rapidement que les exportations, notamment dans les produits transformés, ce qui a aggravé la concurrence sur les marchés domestiques et internationaux. Aussi en 2025 le déficit commercial agricole a été de 0,5 Md€, le point le plus bas historique, même si l’ensemble du secteur agroalimentaire affiche un léger excédent de +0,2 Md€. Ce maintien de l’agriculture et du secteur agroalimentaire a sans aucun doute été rendu possible grâce aux politiques européennes, principalement la PAC et ses réformes récentes qui a assuré un soutien financier fondamental mais aussi en simplifiant les procédures, en renforçant la compétitivité et en orientant le secteur vers une agriculture plus durable et résiliente.

Qu’en est-il de la production de beurre en France ? est-elle en voie de disparition ? NON

La France est le premier consommateur mondial de beurre avec près de (350+230-120). Sa production annuelle se situe autour de 350 000 t (354 000 t 2020). Malgré cette production importante, le pays est devenu importateur majeur depuis le début des années 2000, avec près de 230 000 t importées en 2024, soit le plus grand volume importé au monde, mais c’est principalement du beurre en cube de 25kg destiné à la boulangerie, pâtisserie et industrie agroalimentaire. Les exportations de beurre français ont quant à elles bondi de 15 % en 2025, atteignant 120 000 t, principalement vers la Chine et les États‑Unis. Ce n’est donc pas le beurre de nos sandwichs qui est importé mais celui de nos croissants, car depuis les années 2000, rares sont les boulangers qui produisent leurs croissants avec de la margarine.
Par ailleurs, la France demeure un grand pays producteur de produits laitiers, exportateur inégalé de fromages…

Quand n’est-il de la production de jambon ? est-elle en train de s’effondrée ? NON

Le jambon blanc est la charcuterie la plus vendue en France. La France produit plus de 120 000 tonnes de jambon blanc (jambon cuit) chaque année de façon relativement stable mais pour couvrir la demande notamment de la restauration collective et commerciale, elle importerait près de 30% de la consommation soit environ 40 000 tonnes principalement en provenance d’Espagne. Les aléas sanitaires (impact des épizooties) ainsi que géopolitiques (taxes et droits d’importation de la Chine par exemple) ont impact sur le marché.
Sur les vingt dernières années, la production porcine diminue plus fortement que la consommation. Si les prix des intrants et du porc à la production amorcent une baisse, ceux à la consommation poursuivent leur hausse. Avec un taux d’autosuffisance de 100 %, la production française porcine couvrirait tout juste les besoins de la consommation nationale. Cependant, cette apparente autosuffisance masque des déséquilibres importants dans l’offre, certaines pièces très prisées comme le jambon, les filets, les côtes ou les échines sont régulièrement en déficit, tandis que d’autres morceaux moins nobles sont majoritairement exportés.
Soulignons que la production française porcine est concentrée à plus de 70% en Bretagne et en Mayenne. Ce n’est donc pas la disparition des petits abattoirs qui seraient la cause de la diminution de la production mais plutôt une conséquence.