Non l’agriculture française n’est pas en déclin.

Une information circule disant que l’agriculture va mal et que le traditionnel sandwich jambon-beurre serait principalement importé. La production agricole en France est stable, et la France reste le premier producteur agricole en Europe. Les exportations, surtout de vins et produits laitiers, sont importantes, mais les importations de produits transformés augmentent rapidement. En 2025, le déficit commercial agricole a atteint un bas historique, à cause de mauvaises récoltes et d’importations élevées, mais des améliorations sont attendues d’ici mi-2026.

Je réagis à une information réductrice et provocatrice qui circule sur le net. Notre agriculture irait si mal que notre traditionnel sandwich jambon-beurre serait dorénavant en grande partie importé et non plus issu de la production agricole française. (« 51% du jambon et 47% du beurre consommés aujourd’hui en France sont importés… »)

Qu’en est-il de la production agricole en France ? est-elle en train de sombrer ? NON

La France reste le premier producteur agricole de l’Europe. Elle conserve une production agricole de valeur élevée, mais la croissance en volume est limitée. Les exportations restent dominées par les vins, spiritueux et produits laitiers. Les importations de produits agricoles et agroalimentaires ont augmenté plus rapidement que les exportations, notamment dans les produits transformés, ce qui a aggravé la concurrence sur les marchés domestiques et internationaux. Aussi en 2025 le déficit commercial agricole a été de 0,5 Md€, le point le plus bas historique, même si l’ensemble du secteur agroalimentaire affiche un léger excédent de +0,2 Md€. Ce maintien de l’agriculture et du secteur agroalimentaire a sans aucun doute été rendu possible grâce aux politiques européennes, principalement la PAC et ses réformes récentes qui a assuré un soutien financier fondamental mais aussi en simplifiant les procédures, en renforçant la compétitivité et en orientant le secteur vers une agriculture plus durable et résiliente.

Qu’en est-il de la production de beurre en France ? est-elle en voie de disparition ? NON

La France est le premier consommateur mondial de beurre avec près de (350+230-120). Sa production annuelle se situe autour de 350 000 t (354 000 t 2020). Malgré cette production importante, le pays est devenu importateur majeur depuis le début des années 2000, avec près de 230 000 t importées en 2024, soit le plus grand volume importé au monde, mais c’est principalement du beurre en cube de 25kg destiné à la boulangerie, pâtisserie et industrie agroalimentaire. Les exportations de beurre français ont quant à elles bondi de 15 % en 2025, atteignant 120 000 t, principalement vers la Chine et les États‑Unis. Ce n’est donc pas le beurre de nos sandwichs qui est importé mais celui de nos croissants, car depuis les années 2000, rares sont les boulangers qui produisent leurs croissants avec de la margarine.
Par ailleurs, la France demeure un grand pays producteur de produits laitiers, exportateur inégalé de fromages…

Quand n’est-il de la production de jambon ? est-elle en train de s’effondrée ? NON

Le jambon blanc est la charcuterie la plus vendue en France. La France produit plus de 120 000 tonnes de jambon blanc (jambon cuit) chaque année de façon relativement stable mais pour couvrir la demande notamment de la restauration collective et commerciale, elle importerait près de 30% de la consommation soit environ 40 000 tonnes principalement en provenance d’Espagne. Les aléas sanitaires (impact des épizooties) ainsi que géopolitiques (taxes et droits d’importation de la Chine par exemple) ont impact sur le marché.
Sur les vingt dernières années, la production porcine diminue plus fortement que la consommation. Si les prix des intrants et du porc à la production amorcent une baisse, ceux à la consommation poursuivent leur hausse. Avec un taux d’autosuffisance de 100 %, la production française porcine couvrirait tout juste les besoins de la consommation nationale. Cependant, cette apparente autosuffisance masque des déséquilibres importants dans l’offre, certaines pièces très prisées comme le jambon, les filets, les côtes ou les échines sont régulièrement en déficit, tandis que d’autres morceaux moins nobles sont majoritairement exportés.
Soulignons que la production française porcine est concentrée à plus de 70% en Bretagne et en Mayenne. Ce n’est donc pas la disparition des petits abattoirs qui seraient la cause de la diminution de la production mais plutôt une conséquence.

Eclairage sur le déficit agroalimentaire de 2025
(Extrait de la note de conjoncture de l’INSEE de décembre 2025)

Le solde commercial alimentaire s’est fortement dégradé en 2025, et ne se redresserait que partiellement d’ici la mi-2026.
Alors que les produits agricoles et agroalimentaires sont des segments historiquement excédentaires de la balance commerciale française, le solde de ces produits s’est dégradé en 2025, devenant même légèrement négatif depuis le printemps. Les mauvaises récoltes de l’année 2024 ont entraîné une détérioration du solde agricole, qui se redresse partiellement depuis. Concernant les produits agroalimentaires, le recul du solde en valeur s’explique surtout par celui des viandes, des denrées tropicales (cacao, thé et café), ainsi que des produits laitiers. Ce repli se matérialise principalement vis-à-vis des pays non membres de l’Union européenne, du fait de la progression des importations. En Europe, une telle dégradation vis-à-vis du reste du monde n’est pas propre qu’à la France en 2025, mais elle y est plus forte qu’ailleurs.
La dégradation du solde alimentaire en 2025 par rapport à 2024 s’explique avant tout par un effet prix, avec une détérioration des termes de l’échange, notamment pour les denrées tropicales, ainsi que pour les produits agricoles.
Cependant, au-delà de cette dégradation, le solde commercial alimentaire s’était déjà détérioré immédiatement après la pandémie si l’on s’en tient aux volumes échangés, mais cette dégradation avait été masquée jusqu’en 2024 par une amélioration des termes de l’échange, liée notamment aux prix des boissons exportées, qui a disparu en 2025. Ainsi,
entre la fin de la décennie 2010 et 2025, 80 % de la dégradation du solde commercial en produits alimentaires provient d’une détérioration des volumes, surtout pour les boissons, les viandes et les produits laitiers, le reste s’expliquant par la détérioration des termes de l’échange.
D’ici la mi-2026, le solde alimentaire ne se redresserait que partiellement : le rebond du solde des produits agricoles se poursuivrait, grâce au rétablissement des disponibilités à l’export des céréales permis par la hausse des récoltes en 2025. La détente des cours des denrées tropicales (cacao et café) depuis l’été 2025, qui restent cependant à un niveau
élevé, permettrait une amélioration des termes de l’échange. À court terme, le solde en boissons resterait tributaire de l’évolution des tensions commerciales. En revanche, les facteurs plus structurels (décapitalisation du cheptel bovin, pertes de parts de marché à l’exportation, importation croissante de produits transformés), qui pénalisent le solde extérieur agroalimentaire depuis la décennie 2010, ne se lèveraient pas à court terme.